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Le Mécanisme Respiratoire Primaire n'existe pasINTERVIEW de Jean Claude HERNIOU JEAN-CLAUDE HERNIOU Ostéopathe DO DGBM. Guy Roulier : Jean-Claude, nous savons que depuis plus de dix ans, tu consacres une partie de ton activité à faire de la recherche afin d'apporter une pierre supplémentaire pour crédibiliser l'ostéopathie. Où en es-tu ? Jean-Claude Herniou : Depuis 1984, peu de travaux ont été publiés dans ce domaine ; les États-Unis, qui disposent des moyens les plus importants, ont orienté leurs travaux vers d'autres horizons. Il était donc l'heure, pour l'Europe, de prendre la suite. Le relais a été mis en place après le congrès mondial de Bruxelles en 1984. GR : Alors, le crâne bouge-t-il ? JCH GR : Certains on dit et écrit que le cerveau était globalement pulsatile ; on a même comparé son fonctionnement à celui d'une méduse dans son milieu aquatique ? JCH : Si le cerveau était pulsatile, ça se saurait, et comme substance noble, une méduse ! Quelle déception. GR : De combien bougent les sutures crâniennes, à quoi servent-elles ? JCH : Mes estimations moyennées sont les suivantes et confirment les travaux antérieurs : harmoniques 45 microns, dentées et biseautés 25 microns (une contrainte équivalente à un poids de 500 grammes sur 1 cm2 appliquée sur le biseau interne le mobilise de 6,5 microns en moyenne). GR : Comment peut-on concevoir qu'un praticien puisse ressentir manuellement des mouvements aussi faibles ? JCH Je te rappelle qu'une feuille de papier à cigarette ne fait que quelques microns d'épaisseur. Si tu fais l'expérience de la mettre unilatéralement entre les faces masticatrices des molaires d'un sujet lorsqu'il a les yeux fermés, non seulement il ressent la malocclusion imposée mais il présente une modification de son équilibre postural. GR : Comment expliquer que lorsque l'on met les mains sur la tête d'un patient on ressent une mobilité caractéristique de la mobilité dite « crânienne » ? JCH : Il y a deux mobilités respiratoires : la nôtre et celle du patient. Elles correspondent toutes deux à notre respiration costo-diaphragmatique, je dirais plutôt ventilation pour bien montrer que çà n'a rien de « primaire » puisqu'elle n'existe pas in utero. Si on veut faire de l'ostéopathie crânienne, la première précaution à prendre est de ne pas confondre les deux rythmes : le sien et celui du patient. sinon en sentant sa propre respiration, on sentirait bouger rythmiquement des objets inertes. GR : Donc le mécanisme primaire n'existe pas ? JCH : Non, la mobilité du foetus in utero est celle de sa mère. Je l'ai vérifié et démontré. De plus c'est une erreur supplémentaire que de s'imaginer que la mobilité existe encore un quart d'heure après la mort comme je l'ai lu. Quand on est mort, on a expiré une dernière fois, donc on ne respire plus : ce n'est pas une découverte. GR : Mais alors si tout simplement la respiration/ventilation costo-diaphragmatique est le moteur du système, comment expliquer que les praticiens perçoivent un décalage entre la ventilation et ce qu'ils ressentent à la tête, au sacrum ou aux pieds du sujet ? JCH : Non seulement ce décalage existe mais il est mesurable et il a été mesuré. Il devient presque nul lors des soupirs, des bâillements et de la ventilation active maximale. Je voudrais rappeler que, en complément de la mécanique (articulaire, viscérale, crânienne), il ne faut pas oublier que le corps humain vivant est avant tout un modèle liquidien. Le corps humain (y compris les os) est surtout composé d'eau. Une partie de ma recherche fut consacrée à l'évaluation des modules d'élasticité et des coefficients de déformabilité des structures crâniennes vivantes. Ceci n'avait jamais été fait et les résultats obtenus permettent une meilleure compréhension des mécanismes crâniens. Ceci dit, pour répondre plus particulièrement à ta question concernant la motricité du système, remarquons que c'est en fonction des différences de structures qu'elle va rencontrer que l'onde de choc émise, dans le système liquidien humain par la ventilation (surtout par l'énorme piston hydraulique diaphragmatique), va être progressivement transmise jusqu'aux extrémités du corps. La réception de cette onde à distance sera déphasée et atténuée (diminution en fréquence et en amplitude) de façon proportionnelle à la densité et à la composition des structures traversées ainsi qu'à la distance parcourue par rapport au piston diaphragmatique. Nous avons donc des phénomènes que j'ai mesurés, de diffusion, d'absorption et de rebond, responsables de l'atténuation des ondes. Ainsi, il est donc normal que la réception de l'onde au pied présente un léger retard par rapport à celle perçue au niveau du crâne. GR: Dans cette transmission, quel est le rôle des fascias ? JCH : Le rôle des fascias bien mis en évidence par Roques et Gabarel en 1985 est important dans cette transmission mais il ne saurait remplacer celui des muscles. Ainsi, le rôle du diaphragme si cher à PH. Souchard est primordial, comme nous venons de le voir. Cependant, je tiens à mettre en avant également le très grand rôle joué par les contraintes musculaires externes (il suffit pour s'en rendre compte de mesurer la puissance masticatrice par exemple ! Comment veux-tu qu'elle n'influence pas au plus haut degré la mobilité crânienne...). GR : Alors au moins les ostéopathes ne délirent pas quand ils font de l'écoute et de la thérapie crânienne ? JCH: Non bien sûr, et s'il n'y avait pas de résultats significatifs, il y a longtemps que les ostéopathes ne s'acharneraient plus sur le crâne, mais cela sera l'objet d'un autre débat. GR : Mais alors le moteur respiratoire ! C'est très simple ? JCH : Oui, comme toujours, la vérité est simple et ce n'est pas nouveau : « ce qui se conçoit bien s'énonce clairement ». Mais la respiration, tant au niveau physiologique que biologique, n'est pas à mon avis un problème simple. Guy Roulier : Jean- Claude, tu as déclaré et fait la démonstration que le Liquide Céphalo-Rachidien (LCR) ne pouvait pas être le moteur du mouvement crânien tel qu'annoncé par W.G Sutherland puis écrit par H.I. Magoun. Cela implique également que le MRP (Mouvement Respiratoire Primaire) n'existe pas. Alors que ce passe-t-il au niveau du crâne ? Jean-Claude Herniou : La pression et la vitesse de fluctuation du LCR sont beaucoup trop faibles pour expliquer les mouvements des os du crâne, qui existent cependant bel et bien et heureusement par déformations. Les sutures amortissent les contraintes. GR : Mais alors, si le crâne se déforme néanmoins, si les sutures crâniennes amortissent les contraintes, d'où viennent ces contraintes et quels sont les vecteurs des déformations crâniennes ? JCH : Le crâne subit en permanence des contraintes externes dues aux tensions musculaires et parfois aux traumatismes. La contrainte interne due au LCR est très faible sauf pathologies graves bien connues. Les contraintes sont logiquement amorties par les sutures dont certaines restent présentes toute notre vie. Grâce à ces sutures le crâne se déforme en cas de choc un peu comme un avion le fait lors des turbulences. Si les sutures n'existaient pas, les risques de fractures seraient encore bien plus grands. Bien sur ces « amortisseurs suturaux » ont des limites ! Connaissant les modules d'élasticité et de déformation des os du crâne et de la dure-mère, que j'ai estimés en 1987, et sachant que Ec = 1/2 m .v 2 , on peut facilement calculer les limites de déformabilité jusqu'à la rupture de l'os. GR : Est-ce que cela change fondamentalement l'étude du crâne au niveau ostéopathique ? Les lésions et leur traitement sont-elles différentes ? JCH : Non. Tous les mouvements des os du crâne décrits de manière empirique par les ostéopathes sont dans l'ensemble à peu près conformes à la réalité. La plupart des lésions peuvent être traitées suivant les normes habituellement décrites par les ostéopathes. Trois problèmes principaux se posent cependant :
GR : Si l'on a beaucoup parlé depuis une cinquantaine d'années de « rythme crânien », penses-tu qu'il puisse y avoir effectivement une pulsion rythmique qui s'exerce sur le crâne, par exemple sous l'impulsion du diaphragme ? JCH : Il y a une déformation rythmique (sinusoïdale) ventilatoire costo-diaphragmatique de la boîte crânienne comme sur le reste du corps qui s'exerce par l'intermédiaire des muscles et des fascias. Mais il y a aussi le rythme à fréquence rapide du pouls artériel qui est loin d'être négligeable. Plusieurs autres bio-rythmes existent comme la micro-motilité capillaire liée au remplissage artériolaire, ou l'onde de Traube Hering par exemple. Par contre les idées de James Norton mettant en relation les bio-rythmes du patient et du praticien peuvent nous amener dangereusement à la confusion palpatoire entre soi et l'autre. Il existe heureusement des techniques d'apprentissage palpatoire qui permettent de différencier facilement nos propres bio-rythmes et ceux de nos patients. GR : Te rends-tu compte que tu bouleverses à la fois les connaissances considérées comme acquises depuis Sutherland et Magoun, et l'enseignement du « crânien » dans le Monde ! JCH : Oui, mais tu sais ce bouleversement n'a que bien peu d'importance par rapport aux nombreuses et formidables découvertes scientifiques dont ce récent vingtième siècle a fait preuve. GR : Tu ne vas pas te faire que des amis dans le monde ostéopathique ; cela dérange beaucoup ! JCH : J'ai la chance d'avoir de nombreux amis parmi les ostéopathes dans toute l'Europe, ceux là seuls m'intéressent. Quant à la critique facile, la médisance, voire la calomnie, dont font preuve certains... elle ne démontre que leur vanité, leur jalousie et leur ignorance. GR : D'ailleurs est-ce la raison pour laquelle tu as gardé longtemps tes travaux dans tes tiroirs ? JCH : J'ai gardé « sous le coude » toutes ces idées pour différentes raisons. La principale est que l'Ostéopathie ne me semblait pas mûre pour recevoir et surtout accepter ce genre de remise en cause, c'est à dire : une critique constructive. Maintenant que l'Ostéopathie est « reconnue » ou en voie de reconnaissance, il est temps de trier le bon grain de l'ivraie. La casse, pour certains, sera à la hauteur de leur prétention car ils ne pourront plus parler de mysticisme ou d'ésotérisme dans une Université Scientifique (médicale et scientifique). C'est la voie que l'Ostéopathie mérite. GR : Maintenant comment vois-tu l'avenir de l'ostéopathie crânienne ? Son enseignement, ses applications, et à travers cela l'élimination des mages et des gourous ? JCH : L'élimination des gourous et mages de l'Ostéopathie est imminente et ils le savent. Cependant, ils pourront toujours exercer leurs prières et incantations en annonçant une autre couleur : « praticien en channelling » par exemple! Qu'ils se rassurent de nombreuses personnes inquiètes et crédules les consulteront encore. GR : Donc, l'OSTÉOPATHIE grâce à tes travaux doit se trouver grandie, crédible, débarrassée de quelques ésotérismes nuisibles à son image d'approche scientifique qui n'exclut pas l'art du praticien. Est-ce ton avis ? JCH : Je n'espère apporter que ma modeste pierre à ce grandiose édifice qu'est l'Ostéopathie. L'art du praticien de toute façon restera déterminant. La main intelligente est un outil inégalable et l'Art du praticien sera par bonheur vraiment très très difficile à numériser et informatiser. GR : Un grand MERCI et à bientôt Jean-Claude. Reproduit avec l'autorisation de JC Herniou. USPO - IPCOo USPO-IPCO o Liens o Reconnaissance de l'Ostéopathie · Publications · o Jean Louis BOUTIN o Ostéopathie dans le champ crânien o o Jean Claude HERNIOU o Interview de Jean Claude HERNIOU o Biomécanique des os du crâne o Quantification de la mobilité des sutures o o Paul VAUCHER o Comment réaliser sa recherche en Ostéopathie |
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